La photo, une pratique méditative

Poser les choses

Quand je décide de partir photographier dans les rues, je rentre dans une forme de méditation et de contemplation. J’ai envie dans cet article de vous partager comment la photo est devenue pour moi une pratique méditative.

Avant d’aller plus loin, voici le sens du mot médiation d’après le dictionnaire CNRTL que j’utilise dans mon article. « La méditation est une action de méditer, de penser avec une grande concentration d’esprit pour approfondir sa réflexion. » La définition du mot méditer « S’absorber dans de profondes réflexions. Synon. penser, réfléchir, rêver. »

Je retiens la grande concentration et l’idée d’être absorbée.

 

A l’ecoute à la fois de l’interieur et de l’environnement

La photo, en tant que pratique méditative, c’est d’abord se mettre en marche et petit à petit entrer dans un état un peu second de légèreté et de fluidité. Je suis toute absorbée par ce que je fais dans l’observation, l’écoute de mon environnement et à la fois dans une espèce de rêverie. Au fur et à mesure, je ressens un lâcher prise. Ma concentration est à son maximum mais sans tension ni crispation.

Je suis à l’écoute à la fois de ce qu’il se passe autour de moi et en moi. A l’écoute de mes ressentis, de mes pensées, de ce que je veux vraiment pour être au plus près de ma vérité intérieure. Je cherche à atteindre quelque chose d’authentique, différent, unique. J’ai le sentiment de créer un lien entre ce qu’il y a dehors et mon vécu intérieur.

 

 

Un dépassement de soi

Sur le projet des passants par exemple, j’ai instauré un petit rituel. Je sortais tous les matins photographier juste après avoir déposé ma fille à l’arrêt du bus scolaire. Je savais qu’il ne fallait pas que je rentre chez moi,  mais qu’il fallait y aller de suite pour éviter de devoir lutter avec la difficulté de rester à l’intérieur et ne plus pouvoir ressortir car trop d’efforts, trop de négociations avec moi-même, trop douloureux.

Peut-être que certains d’entre vous ne comprendront pas qu’il soit douloureux pour quelqu’un de sortir de chez soi. Ca l’est pour moi. Ma grande sensibilité me rend la vie douloureuse. Je me prends les réactions, les remarques, les retours de plein fouet. Cela rend les contacts sociaux difficiles dans le cadre professionnel. En amitié, il y a la bienveillance, on choisit ses amis, pas forcément au travail.

C’est en ça que ce projet a été une forme de dépassement de soi. Au-delà de l’objectif fixé, de multiples raisons étaient là pour me faire dévier de l’objectif initial. Des peurs, des gênes, la paresse, la fatigue…

Par exemple, pour le projet sur les passants, je m’étais fixée l’objectif de prendre des photos tous les matins de 8h à 9h et de voir où cela allait me mener. Il fallait s’y tenir malgré le vent, le froid, la pluie, le découragement, la peur de déranger, la peur d’être interpellée. La peur que quelqu’un se manifeste pour me dire que ça le dérange que je le prenne en photo (chose qui n’est jamais arrivée). J’ai réussi à balayer toutes ces raisons qui se présentaient à moi au moment du départ et une fois lancée j’étais heureuse de prendre des photos et d’être dans l’action, dans le processus. Mais chaque matin, il fallait à nouveau se remettre devant cette petite lutte pour respecter mon petit engagement envers moi-même.

 

 

Une forme de thérapie

La photographie s’est révélée être une forme de thérapie. Sous cette forme de pratique méditative, la photo m’a permis d’aller au-delà de mes peurs m’a donné plus de conscience de moi-même, plus de connexion avec mes ressentis pour apprendre à plus m’affirmer et à développer ma confiance en moi. Ce n’est pas là que je pensais aller mais finalement c’est le résultat que cela m’a offert.

Je suis quelqu’un de très intériorisée et de sensible. J’ai pris l’habitude de rester en moi-même et d’y être confortable. Le bénéfice positif est que j’ai réussi à développer une riche vie intérieure. La difficulté qui en résulte est qu’il m’est couteux de sortir de ma carapace protectrice et d’oser m’exposer, partager mon point de vue, ma façon de penser et voir les choses. Je suis confrontée à de multiples peurs, peur de heurter, blesser, peur de décevoir, peur d’être dominée, peur de perdre le contrôle… Quand je suis en relation, l’autre est souvent plus consistant que moi. Je suis tellement à son écoute que je me perds dans son discours et je ne sais plus ce que je veux, ce qui est important pour moi.

 

 

Utiliser un autre langage

Je me suis aperçue que la photographie me permettait de sortir de moi de façon sécurisée. Montrer mon intériorité de façon safe, possible pour moi de cette façon car elle utilise un autre langage, un langage visuel qui donne plus de possibilités que le langage parlé ou l’écrit. Plus large, plus ouvert, moins figé. Les lectures sont multiples, pas besoin d’argumenter, on cherche à toucher le cœur. L’auteur et le lecteur peuvent être ensemble dans cet espace que nous offre la photographie et y saisir ce qui les touche.

 

 

Du virtuel au réel

La photo, en tant que pratique méditative est d’abord un acte virtuel mais qui devient palpable et un objet physique au moment de l’impression des photos. C’est ce qui m’intéresse, ce passage de l’impalpable au palpable, du flou à la netteté, de la mollesse au tranchant.

Le hasard me fournit des éléments. Ce matériau une fois trié, exploité, travaillé me donne une lecture de ma propre vie. Etalé ainsi devant mes yeux, je peux mieux saisir mon histoire et mon vécu. La photographie en plus d’agir comme un miroir de moi-même, me donne un ancrage dans le réel.

 

 

Révéler le secret

De par mon histoire, je ressens le besoin d’exprimer des choses enfouies en moi. De faire sortir des choses, je ne sais pas vraiment quoi. J’ai une faible maitrise sur mon histoire et sur mon passé. Cela est flou et le restera peut-être. Je ressens que la photographie m’aide et me permet de me révéler des éléments de ma vie et peut-être de mon histoire. Cela m’aide à m’ancrer dans ma vie, à lui donner du concret. A sortir de mon imaginaire, de mon monde intérieur.

Par ailleurs, on utilise beaucoup les tampons au Japon en tant que signature. J’ai donc fait faire mon tampon de signature en Kanjis. Je ne pouvais pas y inscrire Alicedefi car trop long, j’ai demandé juste d’y inscrire Défi. Ces deux sons « de » et « hi » ont plusieurs significations ensemble. J’ai choisi celle de « révéler le secret », révéler ce qui est caché, révéler ce qui m’est flou et caché pour mieux me connaitre et me comprendre et peut-être aider d’autres dans cette démarche. J’espère que mes photos participerons à vous aider à vous révéler à vous-même.

 

 

Merci de m’avoir lue, à bientôt !

 

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